La Chine vue de Chine

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Échange cloche chinoise contre Côtes du Marmandais


 

foie

Marmande est une sous-préfecture de mon Lot et Garonne natal autrefois reconnue pour produire parmi les meilleures tomates. Sans que les Chinois y soient pour quoi que ce soit, ces délices ont dû laisser leur place à des produits n’ayant plus que le nom en étant aussi formatés que l’esprit de certains des Français. À une époque où même le foie gras du Sud Ouest suit la tendance tout aussi imposée tendant à « halaliser » la nourriture et les cerveaux, à Marmande c’est pourtant la Chine qui est au centre des débats avec une histoire de cloche.

Comme pour la plupart des villes françaises, le centre-ville de Marmande a été assassiné comme d’autres par les élus de tous bords qui ont déplacé l’activité commerciale vers les zones où se sont installés les lobbies de la grande distribution, le tout en échange de quelques emplois à durée déterminée. Aujourd’hui dans un coma profond, ce qui était autrefois le chœur et le cœur de l’agglomération est l’objet de quelques attentions de la part des mêmes ayant porté le coup fatal. La mode est donc à la revitalisation de ces centres-villes avec des initiatives plus ou moins réussies.

Dans ce cas, l’idée du conseil municipal est d’installer une cloche afin de créer un point d’attraction. Si cette idée crée une polémique comme on les aime bien en France, c’est en raison de l’origine de cet objet se révélant déjà bruyant avant d’avoir été installé. Bien que Gérard Gouzes soit un maire socialiste, et donc apparenté au ministre chantre de la démondialisation qu’est Arnaud Montebourg, la cloche commandée au prix de 28 000 € sera fabriquée à Wuhan dans la province chinoise du Hubei.

Il n’en fallait pas plus pour réveiller même tardivement la fibre patriotique de certains qui trouvent cet achat déplacé en favorisant un pays qui comme chacun le sait « est à l’origine de 99 % du chômage en France ». Si la cloche avait été fabriquée en Allemagne, deuxième plus important déficit bilatéral du commerce extérieur français, ou en Espagne, pays fossoyeur de nos producteurs de fruits et légumes, cette histoire serait passée sans problème, mais elle vient de Chine. L’opposition locale jouant son rôle, soit de dire le contraire de ce qu’elle aurait fait si elle avait été au pouvoir, celle-ci met en avant le coût final en méconnaissant visiblement la plupart des éléments liés aux importations. Si une chemise fabriquée en Chine revient bien moins cher que le même produit fabriqué en France une fois ajoutés les frais de douanes, de transport et les taxes, il en est de même pour une cloche, 500 kg de tissu pesant autant que son équivalent en fonte (voir l’exemple connu : un kilogramme de plumes et un kilogramme de plomb).

Un des arguments majeurs du conseil municipal est qu’il ne s’agit pas de faire un cadeau à la Chine, mais de mener une action commerciale,  ce qui semble avoir du mal à être compris par l’opposition à Marmande comme ailleurs, et quelle que soit sa couleur politique. Le maire de la ville met en effet en avant que l’an dernier la Chine a importé 800 000 bouteilles de Côtes du Marmandais.

Pour l’anecdote, le journaliste local ayant retranscrit la séance du conseil municipal pourra trouver sans peine une place au Figaro ou dans un autre grand média national vu son talent. Sous son clavier, le vin exporté du Marmandais vers la Chine est devenu : « La Chine a tout de même exporté 800 000 bouteilles de Côtes du Marmandais cette année ». Je sais que certains Chinois ont acquis quelques propriétés dans le Bordelais voisin, mais je demeure toutefois persuadé que ce sont des producteurs locaux qui ont exporté ce vin et non la Chine.

Évoquant un « possible futur » accord avec la province chinoise, le maire a réussi à convaincre une majorité d’élus, ce qui conduit à la confirmation de la commande de la cloche que des millions, milliers, centaines de Marmandais pourront admirer dans les prochains mois. Concernant la hausse envisagée des commandes de Côtes du Marmandais, le taux de probabilité doit se situer aux alentours de 0,0001 %, le simple achat d’un produit étant loin de suffire à décider d’un achat massif d’un vin certes honnête, mais ne disposant pas de cette renommée majoritairement recherchée par les Chinois « amateurs » de vin . La cloche chinoise va par conséquent changer de pays et ainsi rejoindre un carillon visiblement déjà bien fourni. Peu de risque qu’elle sonne faux dans un tel environnement, ce malgré son origine souvent associée à la “faussitude”.

Merci à Jipe pour l’info



Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.