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Deux enfants au soleil (Titre en hommage à Jean Ferrat)

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Les deux enfants sur la photo ont quelque chose de rare, ils sont frères. Leurs parents ne sont pas issus d’une ethnie minoritaire, ne sont pas agriculteurs, ce qui a priori les privait de la possibilité d’un deuxième enfant, d’autant plus que le premier était un garçon.

Le plus jeune, âgé de 3 ans est toutefois légalement inscrit sur le hukou familial et est même scolarisé depuis cette année, faisant de lui un enfant tout à fait normal en regard à la loi chinoise.

Ces deux enfants ne sont pas non plus issus d’une famille de notables ou de cadres du PCC, le père et la mère n’étant que de modestes commerçants. Comment ont-ils eu le droit d’avoir un deuxième enfant ? En payant, tout simplement.

Le montant de l’indemnité à verser aux autorités locales est normalement de 10 000 RMB (1100 euros), mais en négociant, celui-ci a été officiellement réduit de moitié. Quelques économies, de l’argent emprunté à la famille et à des amis ont permit à l’enfant de  naître en toute tranquillité. Ils auraient désiré une fille, mais c’est un deuxième garçon qui a vu le jour, ce qui ajoute une touche de spécificité à cette famille, deux frères étant assez rares depuis l’instauration de la politique de l’enfant unique.

Comme précisé plus haut, il s’agit d’une indemnité, et non d’une amende, le montant de celle-ci étant officiellement destiné à payer les frais de scolarité, normalement gratuite lors des premières années. Le fait d’avoir deux enfants est un choix délibéré de la part des parents, a été longuement réfléchi et discuté, le but premier étant de ne pas faire cet « enfant roi » parfois si difficile à élever en Chine du fait justement de son unicité.

Sélection par l’argent diront certains, système critiquable, penseront d’autres, oui sans doute, mais encore faut-il en proposer un autre qui soit efficace dans un pays où l’équilibre alimentaire est encore précaire. Sans se cacher que cette directive est à l’origine de bien des dérapages, elle est un peu ce que la démocratie est dans nos pays, c’est-à-dire la moins pire des solutions permettant à ce pays d’assurer cet équilibre alimentaire qui lui a manqué pendant des décennies, tout en assurant le renouvellement des générations. Si certains parlent en effet du problème de la pyramide des âges dont les effets seront visibles dans quelques années, ce problème est justement dû au fait que cette limitation n’existait pas par le passé, ce qui va avoir pour effet de voir l’arrivée d’une masse importante de retraités qui n’auront pas en contrepartie la masse des actifs assurant le versement d’indemnités, quand ceux-ci ont cotisé. Ce sera un moment difficile pour ce pays, il le sait, mais nombreux sont les Chinois qui se disent en avoir traversé de bien plus graves.

Si le choix d’avoir plusieurs enfants dans nos pays est bien réel, il faut toutefois dire que là également, la sélection se fait souvent par l’argent, ou du moins par la certitude de pouvoir élever un nombre d’enfants élevé, chose de plus en plus rare de nos jours. La Chine elle n’avait pas le choix, préférant limiter parfois arbitrairement le nombre de ces naissances, en contrepartie d’un meilleur équilibre. Ce choix de l’époque fut dicté pour une raison majeure qui est que les familles les plus nombreuses étaient majoritairement celles du milieu agricole, déjà les plus pauvres, et que si de nombreux enfants procuraient une main-d’œuvre gratuite, cela était également la cause d’une plus grande misère dans une classe sociale trop nombreuse.

La tendance actuelle est à un certain assouplissement, comme le prouve la naissance de ces deux enfants, tout en restant sous un contrôle strict, ceci afin d’éviter un trop fort taux de naissances. Malgré cet assouplissement, une récente enquête a conclu au fait que de nombreux futurs parents ne désiraient qu’un seul enfant, que celui soit une fille ou un garçon, souvent en raison d’un certain confort de vie des parents, mais également afin de donner le maximum de chances à leur enfant.

Un deuxième enfant, surtout quand le premier est un garçon, était impensable il y a seulement quelques années, et ce, à l’époque où cette politique de l’enfant unique était la plus dure, sans être aujourd’hui une généralité, les cas sont bien plus nombreux, prouvant ainsi une lente évolution vers un système plus « doux » et conforme à ce que doit être la politique nataliste d’un pays qui veut être parmi les plus grands. Comme je l’ai souvent évoqué, et contrairement à nos pays occidentaux ne réglant plus que les détails de leurs systèmes, la Chine se réforme, s’adapte, change parfois totalement de cap, tout cela afin de s’adapter au plus juste aux conditions du moment. Tout cela ne se fait pas sans erreurs et parfois dans la douleur, car il est bien plus facile de gérer un quotidien établi depuis des décennies que de s’adapter à des besoins parfois urgents. Comme je le cite souvent, ce pays est un grand chantier dont personne à ce jour ne connaît la date d’achèvement, ni ne sait même si celui-ci sera un jour terminé, mais n’est-ce pas aussi une manière d’avancer ?

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7 Réponses pour “Deux enfants au soleil (Titre en hommage à Jean Ferrat)”

  1. Tarouilan dit :

    Au fait, quelle est cette évolution de la natalité dans les minorités ethniques, qui elles ne sont pas concernées par les limitations de naissances de par la loi, il serait intéressant de faire un point comparatif, dans les régions ou il y a présence des deux entités… au fait un "Han" qui fait souche au milieu d'un territoire d'une minorité, est administré par quelle loi ?, celle de la minorité ou celle de la population dominante "Han" (Surtout que les "Han" n'existent pas d'un point de vue génétique, on aurait pu s'en douter, sans qu'une étude qui a eu lieu récemment le confirme… !)

  2. Alain hengxi dit :

    Cette disposition n'est pas nouvelle et date du début de la mise en place de cette directive.

    Vous trouverez tout le détail ici:

    http://www.refletsdechine.com/un-un.html

  3. Tarouilan dit :

    Désolé, je n'avais pas vu, c'est effectivement fort complexe, impressionnant, mais quelle est la différence de la natalité, dans ces minorités par rapport à la population toujours sous le coup de cette limitation, les minorités ont-elles plus d'enfants ou pas… et dans quelles proportions surtout… deux enfants ou six, cela fait quand même une trés grande différence, et une augmentation exponentielle possible de la population concernée..

    • Alain hengxi dit :

      Non car les Hans représentent plus de 92 % de la population.

      Viennent ensuite les Zhuangs avec 35 % de part dans les ethnies minoritaires, or les Zhuangs étant les majoritaires des minoritaires, ils sont soumis aux mêmes règles que le Hans.

      Faut suivre car c'est assez compliqué.

  4. Tarouilan dit :

    C'est un débat, que j'avais poursuivi avec un ami chinois importateur, et il défendait la disparité des droits sur ce plan démographique… entre Han (donc avec Zhuangs compris) face aux petites minorités ethnique, certes je suis sûrement un peu trop formaté le droit français, et j'avais du mal à admettre cette différence favorisant les minorités, alors que cet ami chinois trouvait cette démarche équitable … donc une différence d'analyse, ce dernier me précisant que cette position étaient partagée en Chine, il conviendra donc que je puisse intégrer cette façon de penser différente, pour éviter les qui-propos en Chine, ….

    Actuellement, dans un autre registre, je suis confronté une problématique amusante, un sympatique chinois, qui essaye de me faire comprendre qu'un chien "est un animal" et qui est sincèrement inquiet pour moi, de me voir sympatiser avec ce chien d'entrepôt… et surpris et consterné que je lui apporte un plus alimentaire en complément aux tristes croquettes de son ordinaire… la aussi, il faut que je m'adapte pour ne pas surprendre en Chine…

  5. Harpocrate dit :

    Les droits de l'enfant ont un goût délicat en Chine…

  6. Alain Alain dit :

    Bonjour,

    quelques mots supplémentaires auraient été bien plus efficaces que de “poser” un simple lien et de partir.

    Question de clarté, mais peut-être est-ce tout ce que vous aviez à dire ?

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