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Démocratie en Chine, qu’en pensent ils ?

agriUn des plus grands reproches faits à la Chine est qu’elle n’est pas une démocratie, et ce, contrairement à la très grande majorité des grandes puissances qu’elles soient économiques ou politiques. Il y a quelque temps, j’avais lu une déclaration du premier ministre chinois disant que ses compatriotes n’étaient pas prêts pour un régime démocratique tel que nous le connaissons ; désir de conserver un pouvoir absolu ou réalité du terrain, le mieux était de poser la question aux personnes concernées, j’ai donc demandé leur avis à un panel de Chinois issus de classes sociales différentes afin que leurs avis soient assez représentatifs. J’ai questionné un agriculteur, un commerçant, un étudiant, un enseignant, le patron d’une importante entreprise locale et pour finir un élu local. Les différents témoignages ont été divisés en plusieurs parties.
Le premier témoignage est celui d’un modeste agriculteur, qui contrairement à ce que je pensais était parfaitement au courant de cette différence de gestion politique entre son pays et une majorité d’autres.

La première chose qu’il m’a expliquée a été que le PCC avait été mis au pouvoir majoritairement grâce à l’aide des agriculteurs et que les dirigeants de l’époque leur avaient fait bien des promesses dont il s’est avéré que bien peu ont été tenues.
-    Contrairement à autrefois, je suis locataire de ma terre, ce qui est un progrès puisqu’avant nous étions employés par de gros propriétaires terriens.  Les communistes nous avaient promis beaucoup plus, mais nous sommes trop nombreux et ils ne peuvent aider tout le monde ; ils en aident donc certains, mais pas moi.
Mon père a fait la guerre contre le Kuomindang  parce qu’il a cru dans ces promesses d’une vie meilleure où tout serait partagé équitablement. On nous a ensuite expliqué que nous devions nous priver pou faire de notre pays une grande nation et qu’ensuite cela irait mieux.
Depuis quelques années, il est vrai que l’on gagne un peu plus d’argent ce qui nous a permis d’envoyer notre fils à l’université, mais on a du demander un prêt à la banque pour payer une partie de ses études.

Avec un grand sourire, il lâche cette phrase sur un ton un peu désabusé :
-    Les communistes ne le sont plus, mais moi je suis toujours paysan…
Mais si vous élisiez vos représentants locaux, les choses seraient peut-être meilleures ?
-    Mais on les élit en choisissant sur une liste, on essaye de prendre les moins mauvais, comme vous en France je pense !
Oui, mais ils sont tous issus du même parti unique, vous n’avez donc pas le choix de leur politique.
Là, il éclate de rire et m’explique :
-    Mon voisin le plus proche est un élu et croyez-moi, il est moins communiste que moi, mais également sans doute moins bête. Il a suivi toutes les réunions pendant cinq ans, est allé aux formations du parti et a ensuite été présenté aux élections locales. Il a été élu parce qu’ici tout le monde le connait et que l’on se disait qu’il serait bon pour nous de l’avoir comme représentant. Il y aurait eu plusieurs partis, il aurait eu le choix, mais cela n’aurait rien changé pour nous.

Et alors ?
-    C’est lui qui fixe les taxes locales sur les récoltes et mis à part sa famille, il ne connait plus personne sauf si l’on est « gentil » avec lui.
-    Qu’il appartienne au PCC ou à un autre parti, le résultat est le même et d’ailleurs personne ne lui en veut, car la vie est dure ici et ceux qui s’en sortent ont raison, quels qu’en soient  les moyens. Si l’on se prive pour que notre fils fasse des études, c’est pour qu’il ait un bon travail ; s’il doit adhérer au PCC pour y arriver, je lui conseillerai de le faire et si d’ici là il existe plusieurs partis, je lui dirais de choisir le plus fort et non le meilleur.
-    Pour moi, qu’il y ait un ou plusieurs partis, cela ne change rien au travail que j’ai à faire et je ne vendrai pas mon riz plus cher.
-    Vous savez, dans le Guangxi, on s’est battu contre les Français, les Japonais et ensuite contre le Kuomindang, tout cela a fait des morts et beaucoup de misère ; on a maintenant besoin de tranquillité.
-    Dans tous les cas, ce sont toujours les plus riches qui ont le pouvoir et quand ils ne sont pas riches en naissant, ils sont corrompus par ces plus riches qui les utilisent.

Mais vous pourriez décider qui va diriger la région et même le pays !
-    La région, elle va beaucoup mieux depuis quelques années, parce qu’il y a plus d’usines  qui s’installent parce que la main d’œuvre est moins chère ici. Si l’on veut gagner plus, les entreprises partent et on se retrouve sans travail et sans argent. Ce ne sont pas les politiques du PCC qui dirigent, mais les industriels et les patrons pour ce qui est de gérer le pays, il me semble que ceux qui y sont ne se débrouillent pas trop mal et c’est trop compliqué pour moi. Je ne sais pas ce qui se passe en Mongolie ou dans une autre région de Chine et les candidats pourraient raconter ce qu’ils veulent.
-    En Chine, on a l’habitude de traiter nos affaires « en famille » et s’ils n’obtiennent pas de bons résultats, la fourche est là pour leur expliquer. On a fait partir les Japonais et le Kuomintang, le PCC sait que si l’on se met en colère, cela ira mal pour eux.

Vous me dites que tout ne va pas très bien, mais vous ne voulez rien changer !
Changer pour changer ne sert à rien et donner du travail à plus de politiciens qui vont nous faire pleins de promesses qu’ils ne tiendront jamais n’est pas utile ; on en donne déjà assez à ceux qui y sont sans en avoir plus.
Oui, mais en Chine, il y a des gens très riches et d’autres très pauvres !
-    Oui, comme dans tous les pays et les gens riches donne du travail à des gens pauvres qui le resteront ; c’est différent en France ?
Non, c’est pareil !
-    Et pourtant, votre pays est une démocratie depuis longtemps. Ce n’est pas parce que je vais aller mettre un bulletin de vote dans une boîte que cela va changer ma vie, ni celle de ma famille. J’espère que mon fils deviendra riche et pourra avoir une bonne vie que ce soit avec ou sans le PCC.
-    Je regarde la télévision et je vois parfois des gens manifester contre les décisions que les gouvernements ont prises ; cela est parfois violent et je ne comprends pas trop puisque c’est vous qui les mettez en place. Ici, si une décision ne nous plait pas, on va voir les élus et s’ils ne comprennent pas, on se fâche. En 1989, on a tous eu un problème avec un engrais qui nous avait été vendu par une société recommandée par un élu local. Ce produit s’est avéré être complètement inefficace et on est allé voir l’élu en question, car la société avait disparu ; il n’a d’abord pas voulu nous écouter alors nous nous sommes fâchés. La police est venue et on s’est fâchés encore plus ; un responsable est venu de Nanning et a promis de nous aider, mais ce que l’on voulait, c’était le remboursement du prix du produit et un dédommagement pour la récolte. Les biens de l’élu ont été saisis et l’on a été remboursé ; cet élu était un des plus riches et maintenant, c’est un des plus pauvres.

La télévision et la presse ne relatent que ce que laissent filtrer les autorités, une plus grande liberté de la presse vous permettrait d’être davantage au courant de la réalité des choses de votre pays !
-    Qu’est ce que des journalistes vont nous apprendre de plus que ce que nous savons déjà puisque nous le vivons au quotidien ?
-    Cela fait des années que je ne regarde plus les journaux télévisés nationaux, car ce qu’ils nous disent est ce qu’on leur dit de dire, mais on le sait.
-    Vous habitez à Hengxian ! vous avez vu les nouvelles émissions locales où les personnes viennent raconter leurs petits soucis de voisinage ou autres, on en rit bien, car ce n’est pas la télévision qui va trouver une solution. Ma femme appelle ces émissions « des poubelles » qui ne rapportent qu’à ceux qui les font.
-    Ce qui se passe à Pékin ou au Tibet ne m’intéresse pas, c’est l’affaire du gouvernement de pékin ; qu’ils se débrouillent avec leurs problèmes, nous avons les nôtres.
-    Je ne me fais aucune illusion sur les dirigeants locaux ou nationaux qu’ils nous assurent la paix, c’est tout ce qu’on leur demande. Mon pays est redevenu une grande nation, on le doit au PCC et à Mao qui a fait partir les étrangers qui nous pillaient depuis des siècles. Si le Kuomintang avait gagné, la Chine serait un pays gouverné par les Occidentaux et quand l’on sait ce que Tchan Kaï Chek  a fait à Taiwan, je ne regrette rien de ce qui est arrivé. Je suis né paysan et pauvre, je mourrai paysan et pauvre quel que soit le régime politique, mais mon fils et ensuite son fils auront une meilleure vie ; je suis né trop tôt, ce n’est pas la faute aux communistes.

Ce que j’ai retiré de cet entretien, c’est une vision très pragmatique de la situation et parfois bien plus réaliste que ce qui est relaté par la presse occidentale qui laisse souvent penser que la population est sous la coupe des dirigeants alors que cette même population est sans doute plus au fait de la réalité ; derrière cette vision réaliste, c’est aussi dégagé un certain désenchantement où cet agriculteur semble faire abstraction de lui-même au bénéfice de son fils pour qui il espère une vie meilleure, quels que soient les moyens d’y arriver. Ce qui est sûr, c’est que se battre pour une réelle démocratisation de son pays n’est pas la priorité de ses pensées.

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