Le monde vu de Chine

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De l’aflatoxine dans le lait : les Chinois s’inquiètent, les médias rigolent


'quantite' 'aflatoxine' 'acceptable' 'lait'Tout problème touchant au secteur laitier prend en Chine une ampleur particulière depuis le scandale du lait à la mélamine. Les consommateurs sont naturellement aux aguets et ce d’autant plus que ces produits sont généralement la base alimentaire des très jeunes enfants. Si cette méfiance est des plus logiques de la part des Chinois, la manière d’exploiter n’importe quelle annonce alarmante est bien moins honorable pour les médias occidentaux, pour peu que la notion d’honneur ait encore la moindre signification pour eux.

Imaginez un internaute chinois exploitant à la va-vite une information émanant de n’importe lequel des réseaux sociaux afin de discréditer un pays. Il y aurait pourtant beaucoup à dire entre le Mediator et les prothèses mammaires défectueuses, mais c’est la Chine qui est en point de mire depuis des années, ce qui évite aux Rue89 et consorts (en un mot pour la forme) de faire le ménage sur un territoire qu’ils sont censés pourtant mieux connaître.

Passé cette parenthèse qui n’est que le miroir de ce que sont devenus des personnes autrefois vaguement journalistes, la rumeur qui a enflammé le web chinois a surgi il y a quelques jours lorsqu’a été révélé que plusieurs industriels avaient commercialisé un lait contenant une quantité anormale d’aflatoxine. Dans ce cas, il ne s’agit pas d’introduire un composé quelconque pour améliorer la qualité du produit, mais d’un problème lié à un contrôle laxiste ayant laissé passer un produit qui n’aurait pas dû être commercialisé.

Les prélèvements réalisés par l’ AGCQIQ sur deux lots de produits laitiers, dont un du géant Mengniu , ont mis en lumière que ces produits ne respectaient pas les normes. Encore faut-il connaître cette limite admissible qui est en Chine de 0,5 mg par kg de lait. Je vous livre ci-dessous les normes imposées par les autres pays afin que vous y voyiez un peu plus clair que les seules infos partisanes livrées généreusement par certains médias :

Tableau 3. Niveau toléré de l’aflatoxine B1 au niveau international

Pays

Quantité maximale (ug/kg)

Produit

Canada

15

Noix

États-Unis

20

Toute la nourriture

Union Européenne

2

Arachides, noix, fruits séchés et céréales

Argentine

0

Arachides, maïs et produits

Brésil

15

Toute la nourriture

Chine

10

Riz et huile de table

République Tchèque

5?

Toute la nourriture

Hongrie

5?

Toute la nourriture

Inde

30

Toute la nourriture

Japon

10

Toute la nourriture

Nigeria

20

Toute la nourriture

Pologne

0

Toute la nourriture

Afrique du Sud

5

Toute la nourriture

Zimbabwe

5

Toute la nourriture

 Dans le cas du lait Mengiu, c’est une fois et demi la quantité admissible qui a été relevée, ce qui a donné lieu à d’autres prélèvements qui eux ne dépassaient pas la norme. D’après l’industriel, la cause en serait des vaches ayant ingéré du fourrage avarié, l’aflatoxine étant une mycotoxine produite par des champignons se développant eux-mêmes sur des céréales exposées à la chaleur et à l’humidité. C’est ainsi que les arachides et certains fruits secs contiennent cette toxine, ce qui a obligé les différents États, dont la Chine à légiférer sur ce problème et ont imposé des normes plus ou moins strictes. À haute dose ou consommée de manière répétée, l’aflatoxine est très dangereuse pour la santé de l’être humain, puisque hautement cancérigène.

Malgré cette haute toxicité, le fait pour les animaux de cesser d’être nourris avec ces aliments avariés suffit à enrayer les risques alimentaires. C’est donc dans ce cas au niveau de la production de lait que les contrôles se sont avérés insuffisants, l’industriel ayant toutefois sa part de responsabilité. D’autres lots sont-ils passés au travers des vérifications ? Sans doute que oui, même si personne n’en est absolument sûr.

En dehors des aspects plus politiques que liés à l’alimentation qu’ont exploitée certains médias, ce sont les contrôles suivant toute la chaîne alimentaire qui doivent être revus en Chine afin d’éviter ces nouveaux dérapages. Ce qui est certain, c’est que cette nouvelle histoire de lait ne va pas arranger les affaires des producteurs locaux qui ne se sont pas encore relevés du scandale du lait à la mélamine. Plus de 80 % des produits laitiers consommés en Chine proviennent actuellement des importations, cela expliquant peut-être en partie l’empressement des médias occidentaux à révéler cette nouvelle affaire. Un progrès toutefois est le fait que les résultats des prélèvements ont été portés à la connaissance du public. Entre dire qu’un problème n’existe pas parce que l’on se garde bien d’enquêter localement sur le sujet et le fait de révéler certaines erreurs lorsqu’elles surviennent dans un pays particulier, la différence est de taille, et les responsabilités pas toujours du côté que l’on soupçonne le plus.

http://www.icrisat.org/aflatoxin/maigf.asp

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Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.