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Corruption, le changement n’est pas pour demain.

altIl est souvent fait état du classement des pays dans l’ordre des puissances militaires ou économiques, mais il est bien moins cité celui édité par  Transparency   International, une ONG qui réalise des études très sérieuses sur la corruption. On y apprend par exemple que la France dégringole de la 19 ème à la 23 ème place, signe d’un affaiblissement de l’état, la majeure partie des affaires de corruption étant liées à des personnages politiques.
 Qu’en est il de la Chine qui occupe, depuis fort longtemps le milieu du tableau, et ce malgré les annonces régulières des autorités disant faire de la lutte contre la corruption un enjeu national ?
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat est loin d’être probant, le pays stagnant toujours à la 72 ème place et prouvant s’il en était besoin que ce problème est bien plus solidement ancré qu’il n’y parait.  Comme dans beaucoup d’autres secteurs de comparaison, le régime politique n’y est pour rien, l’Inde se trouvant à la 84 ème place de ce même classement et connait la même stagnation.

2010 verra, comme pour les années précédentes, l’arrestation et la condamnation de quelques pontes locaux, histoire de  donner quelques exemples, mais le fond du problème restera tant que les autorités ne s’attaqueront pas avec une réelle force à ce fléau qu’est cette corruption, et qui a fini par devenir une tradition culturelle.
Récemment, un ami me racontait cette histoire qu’il a vécu et qui pour lui fait partie du quotidien :
Son fils travaillait chez un concessionnaire de voitures et ne gagnait que 2000 RMB par mois. Lors d’un repas entre amis, mon ami rencontre une personne qui se fait  fort de faire entrer son fils dans une des nombreuses branches de la police de la capitale régionale. Lors du repas, cette personne met en avant les excellentes relations qu’il entretient avec le chef de cette branche locale, sorte de police municipale qui ne demande aucun concours d’entrée, mais qui en contrepartie n’offre  aucune pérennité sur la durée.
Cette « recommandation » a bien entendu un prix et celui-ci est de 58 000 RMB dont la plus grande partie va rester dans la poche de l’intermédiaire, le reste allant au responsable municipal.

Il est vrai qu’avec 4000 RMB mensuels le salaire est attractif et mon ami a donc versé cette somme, chose qu’il a trouvé tout à fait normal pour un service rendu. Il semble en effet qu’un des nœuds du problème soit ici car en Chine tout se paye, que ce soit en « service retour » ou en remerciements directs. La philanthropie n’est pas en effet le sentiment le plus développé en Chine, ceci étant principalement dû à une histoire douloureuse qui a fini par forger les esprits et dont il résulte aujourd’hui ces excès qui font que tout se paye ou n’a aucune valeur.
Intrigué par cette histoire d’emploi, j’ai  demandé à mon ami :
-    Tu as payé 58 000 RMB et ton fils va en gagner 48 000 en un an, cela fait que s’il est licencié dans un an, il aura travaillé pour 840 RMB par mois soit 1200 de moins qu’avec son ancien emploi !
-    – Oui je sais,  s’ils le gardent ce sera bien sinon tant pis !
-    Tu sais que c’est illégal ?
-    Je sais, mais je n’ai pas le choix, tout le monde fait pareil et si tu ne fais pas comme les autres, tu n’as rien !
-    D’accord, mais si tout le monde agit comme ça, rien ne changera jamais !
-    – Pourquoi changer, c’est comme ça depuis des siècles en Chine et  personne ne se plaint !

Il est vrai que les plaintes sont rarissimes, voir inexistantes  tant ce phénomène de corruption est courant et qu’il serait mal vu de la part d’une personne d’aller se plaindre, pour peu qu’elle arrive à trouver une oreille attentive.
Pour être efficace, la lutte contre la corruption doit commencer par une éducation dès l’enfance, mais cela s’avère difficile pour des enseignants ou responsables d’établissements scolaires qui sont eux-mêmes parfois la cible des corrupteurs et qui ne peuvent avoir la moindre crédibilité à expliquer à des enfants les méfaits de telles pratiques.

Dans l’immédiat et sans doute pour encore pas mal d’années, les Chinois devront patienter avant de remonter au classement mondial des nations qui récompensent le savoir quel qu’il soit et non des relations payantes qui, si elles bénéficient à un grand nombre, ne peuvent être la marque du grand pays que veut devenir la Chine. 


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