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Contrôles des aliments : la Chine trouvera-t-elle un jour son équilibre ?

Chaque jour, un enfant de 10 ans avale 128 rési­dus chimiques diffé­rents qui viennent s’ajouter aux métaux lourds et pesti­cides conte­nus dans les pommes, le pois­son, la viande ou la salade. Si 80 % de la popu­la­tion se dit inquiète de cette dété­rio­ra­tion, le pire réside dans le fait que ce pays n’est pas la Chine, mais la France. Cette situa­tion met en exergue le fait qu’aucune nation n’est à l’abri, et ce, malgré des légis­la­tions appa­rem­ment contrai­gnantes. C’est pour­tant à la Chine que sont asso­ciés les scan­dales alimen­taires, l’occident ayant cette faculté à oublier

Des prothèses mammaires pour­tant fran­çaises aux millions d’œufs améri­cains conte­nant des salmo­nelles qui ont empoi­sonné des centaines de consom­ma­teurs, il ne reste que le seul scan­dale du lait à la méla­mine dont certaines socié­tés étran­gères tirent les plus grands béné­fices. De 120 000 tonnes de produits laitiers impor­tés en 2008, le chiffre est passé à 600 000 tonnes en 2009. Pour le seul lait en poudre, 90 % de la consom­ma­tion provient des impor­ta­tions, ce qui donne une idée de la méfiance des consom­ma­teurs chinois qui déclarent à 70 % ne pas avoir confiance en leurs produits.

Il y a seule­ment quelques jours, la société Shang­hui a été la vedette d’une affaire de porcs dopés, ce qui ne fait qu’ajouter une tâche supplé­men­taire. Si Jean Ferrat chan­tait en 1964 que sa montagne était belle malgré le poulet aux hormones, la Chine suit le même chemin que nous occi­den­taux avons emprunté avec les veaux aux stéroïdes élevés en batte­ries dont la chair blanche n’était due qu’à l’anémie de ces animaux. Si la Chine n’innove donc que très peu dans ce domaine, il reste que sa posi­tion de nation montante la met sous les projec­teurs des médias tant étran­gers que locaux.

Un des problèmes majeurs de ce pays est avant tout la dissé­mi­na­tion des petites indus­tries à travers tout le terri­toire ainsi que la quan­tité innom­brable de celles-ci auquel il faut ajou­ter les struc­tures arti­sa­nales plus ou moins offi­cielles. Pour reprendre l’exemple des œufs, il y a en Chine 13 fabri­cants contrô­lant 6200 produc­teurs, alors que ceux-ci sont 450 000 en Chine dont 80 % employant moins de 10 sala­riés. Il devient dès lors diffi­cile à l’administration d’opérer des contrôles sur cette filière à laquelle il faut ajou­ter les clan­des­tins. Dans une région comme le Guangxi, ce sont deux affaires d’élevage et d’abattage clan­des­tins de porcs qui ont été mis au jour sur les seuls premiers mois de l’année. Ces animaux étaient décou­pés dans des condi­tions d’hygiène plus que douteuses avant de four­nir certains étals et restau­rants dont les proprié­taires regar­daient avant tout le prix.

Ces restau­rants, ils sont plus de 2 millions en Chine, sans comp­ter la quan­tité diffi­cile à évaluer de kiosques en tous genres vendant des produits alimen­taires plus ou moins trans­for­més. Ce chiffre qui ne prend pas en compte les restau­rants d’entreprise ou les cantines scolaires donne un aperçu des problèmes à résoudre pour des auto­ri­tés privi­lé­giant avant tout la liberté d’entreprise afin que règne « l’harmonie sociale ». Il faut toute­fois noter une nette amélio­ra­tion des condi­tions d’hygiène dans ces établis­se­ments, celle-ci prove­nant majo­ri­tai­re­ment du fait que les cuisi­niers sortent d’écoles spécia­li­sées où ces normes de bases sont apprises.

Reste l’industrie qui en plus d’être confron­tée à des problèmes propres à la nature de ses acti­vi­tés se trouve dans un secteur très concur­ren­tiel où les marges béné­fi­ciaires sont faibles. Certains sont par consé­quent tentés d’augmenter la renta­bi­lité de leurs produc­tions par des arti­fices mettant parfois en danger la santé de la popu­la­tion. Là encore, c’est la quan­tité de fabri­cants qui nuit à la qualité, les contrôles étant souvent le fait du hasard ou suite à la dénon­cia­tion émanant d’un concur­rent. Il est égale­ment diffi­cile de ne pas rele­ver la protec­tion dont béné­fi­cient certains indus­triels faisant plus ou moins partie du système poli­tique lorsque ceux-ci ne se trouvent pas à porter les deux casquettes.

Comme dans bien des domaines, ce qui manque le plus à la Chine est une struc­ture indus­trielle qui permet­trait de regrou­per ces millions de produc­teurs et de petits indus­triels. Des centrales régio­nales d’achats, donc plus aisé­ment contrô­lables, un véri­table suivi des fabri­ca­tions effec­tué par des services exté­rieurs à l’entreprise et l’obligation de four­nir régu­liè­re­ment des résul­tats d’analyse sont autant de points sur lesquels les services sani­taires ou du commerce devraient réflé­chir.

S’il est toute­fois aisé de consta­ter ce qui ne va pas, il est bien plus diffi­cile d’apporter des solu­tions toutes faites, les pays bien plus en avan­cés dans ces domaines rencon­trant encore souvent des problèmes, l’avantage pour eux étant d’être bien moins mis sous surveillance perma­nente. Pour les auto­ri­tés chinoises, il s’agit d’une ques­tion de temps, les choses devant à leurs yeux progres­si­ve­ment s’améliorer. Si cela est sans doute vrai, il sera ensuite bien diffi­cile aux socié­tés locales de récu­pé­rer des parts de marché déte­nues depuis des décen­nies par des entre­prises étran­gères qui n’ont pour leur part aucun inté­rêt à ce que la situa­tion s’améliore. Sans doute qu’un certain nombre des actuels impor­ta­teurs seront pous­sés à s’installer dura­ble­ment en Chine afin d’apporter un savoir-faire qui est en partie le résul­tat des erreurs commises par le passé, la science infuse n’existant pas davan­tage dans le domaine de l’alimentaire qu’ailleurs.


Albié Alain
Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois.
Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes.
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