Comment réussir quand on est con et pleurnichard
Comment réussir quand on est con et pleurnichard, c’était le titre d’un film de Michel Audiard dans les années 70, mais qui se révèle hélas toujours d’actualité tant la question reste posée.
C’est en effet dans ces années-là qu’a commencé le lent déclin économique de notre pays avec d’une part la fin des effets du plan Marshall et de la relance artificielle de l’après-guerre, et d’autre part du début de notre désindustrialisation. Peu compétitive face aux pays émergents de l’époque nommés les quatre dragons (la Corée du Sud, Hong Kong, Singapour et Taiwan), la non-modernisation de notre industrie va causer sa chute, accentuée par les chocs pétroliers successifs. On se souciait peu à l’époque d’écologie, comme du reste d’ailleurs, déjà persuadés qu’étant les meilleurs, rien ne pouvait nous arriver.
Les voitures Japonaises, dont une majorité de personnes doutait de leurs qualités, l’informatique Taïwanaise, qui faisait dire à l’époque qu’il était fou de penser qu’un jour il y aurait un ordinateur par maison, les premiers produits électroménagers construits en Corée, tout cela arrivait à flots continus dans l’insouciance générale, on était toujours les meilleurs. Les délocalisations vers l’Italie pour la chaussure, mais également pour certains produits textiles, les premières usines décentralisées dans les pays du Maghreb, tout cela était négligeable puisque nous avions le savoir.
Face aux 4X4 japonais, dont les constructeurs achetaient des usines en Espagne pour contourner les quotas et taxes (Ebro/Nissan), nous opposions nos doutes sur l’utilisation de ces véhicules et, face aux micro-ordinateurs taïwanais, nos Bull dépassés bien avant leurs sorties. Il y eut bien le programme informatique lancé dans les écoles avec les T07 dont la majeure partie resta dans leurs cartons par manque de budget pour installer le réseau électrique adéquat et par manque de formation des enseignants.
Les années 80 ont vu le remplacement progressif de ces produits par ceux venus de Chine et d’autres pays émergents, et les mêmes arriérés mentaux ou leurs descendants idéologiques nous ont ressassé les mêmes chansons avec la perpétuelle version « fermeture des frontières » ou « Achetez Français ou éventuellement Européen » qu’avait inaugurée le Parti communiste français.
En raison de l’amnésie collective de la population, entretenue par la mise sous perfusion à coup de cartes « Boum-Boum » et autres artifices à la consommation, beaucoup ont fini par se croire riche alors que dans les faits leur pouvoir d’achat stagnait dans le meilleur des cas, quant il ne régressait pas. Les produits importés à bas coûts ont été un des éléments de cette « croyance » dans une forte et constante évolution du train de vie alors que dans les faits les gens s’endettaient avec pour unique but de ressembler au voisin. Si ces produits importés ont permis de maintenir une certaine stabilité sociale dans le monde des pseudo-aisés, cela a également grandement favorisé une classe politique dirigeante sans idées innovantes, lui permettant de se maintenir au pouvoir depuis plus de trente ans.
La population réalisant toutefois entre deux «comas artificiels », qu’il se passait un certain nombre de choses anormales, il fallait d’urgence trouver des palliatifs à cette incompétence chronique et c’est de là que les mêmes incompétents et leur suite journalistique préalablement briffée ont commencé à nous asséner les coups de massue sur les effets des délocalisations et autres crises financières, alors que celles-ci ne sont que le paravent de leur médiocrité.
Ces « gens-là », sont allé jusqu’à faire croire à une population, toujours sous anesthésiant, que l’élargissement de l’Europe était la meilleure façon de contrecarrer les effets néfastes de la mondialisation, alors que le but premier était de faire en Europe une nouvelle classe de pays émergents dont le seul intérêt est qu’ils sont plus proches de nos frontières, mais qui a l’inconvénient de la proximité, c’est-à-dire d’attirer dans des pays déjà en difficulté une masse non négligeable de personnes venues avec raison chercher ce qu’elles n’ont pas chez elles.
Totalement incapables, et ce tous dirigeants successifs confondus, de gérer convenablement tant la décolonisation que les flux migratoires qui ont suivi, le long et langoureux brame de l’identité nationale fait actuellement frémir une population qui cherche bien un coupable à ses problèmes, mais s’évertue à le chercher bien loin alors que celui-ci est à sa porte et s’appelle aveuglement.
Cet aveuglement plus ou moins volontaire est souvent dû à un manque de courage et à la peur de perdre les quelques avantages matériels, pourtant souvent payés au double de leur valeur réelle par le crédit, engraissant ainsi un système dont ne font, et ne feront jamais partie la majeure partie de la population, quoi qu’elle en pense.
C’est là que se situe en fait la véritable cause de ce déclin largement prévisible, et qui a commencé non pas avec l’arrivée de pays comme la Chine, mais par cet orgueil qui a fait oublier que la vie était un combat de tous les jours, et non la simple gestion d’un état de fait ou d’acquis hérités de personnes qui elles se sont battues pour les obtenir. Ces avantages, cette position autrefois enviée, personne n’en est propriétaire, mais juste gardien. S’il est raisonnable d’en jouir, la mission principale était de les faire fructifier et non de les galvauder au nom d’un immédiat que vont devoir maintenant payer les générations futures.
Si certains pensent que l’histoire est un perpétuel recommencement, rien n’empêche de faire mentir cette doctrine en démontrant que, comme Darwin l’a longuement expliqué, l’homme évolue. Si le : “Ce n’est pas ma faute, c’est l’autre ” est tout juste acceptable dans une cour de récréation, il en est tout autrement dans une classe d’adultes et il serait largement temps que chacun prenne ses responsabilités, mais également en cas « d’oubli », les fassent prendre également aux personnes dont la haute fonction est justement de les assumer en étant détentrices du pouvoir.
Il est largement temps d’arrêter de pleurnicher et de montrer que le peuple n’est pas aussi con que le pensent ceux qui le dirigent. Dans le cas contraire, il ne restera plus qu’à regarder ce film en boucle, et espérer d’y trouver la solution.
Pendant ces pleurnicheries, d’autres peuples se battent eux, et souvent dans des conditions bien pires (*) que les nôtres afin d’arriver à égaler ce qu’ils prennent pour un exemple et qui est notre système. Le jour est proche où certains de ces pays vont arriver à notre niveau, et en stagnant de la sorte n’auront aucun mal à nous dépasser pour peu qu’ils aient pris note de nos erreurs .Peut-être nous laisseront ils en passant quelques poches de mouchoirs accompagnés d’un éclatant sourire, mais il ne faut pas penser qu’ils vont s’arrêter sur le bord de la route pour attendre que nous séchions nos larmes.
*. Je n’ai pas l’habitude de donner mon avis personnel sur ce genre de problèmes qui relèvent il est vrai des affaires intérieures Chinoises et où je suis très loin de connaitre tous les éléments, mais je déplore la lourdeur de la condamnation à 11 ans de prison de Liu Xiabo, dissident Chinois. Cette affaire n’intéresse peut-être que 1 % des Chinois et 0,01 % de la population mondiale, mais elle est dommageable pour ce pays qui fait pourtant des progrès en bien d’autres matières. Un exemple du combat mené par certains, comme mentionné dans l’article.
