Le monde vu de Chine

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Le lien étroit obligatoire entre politique et social.


FranceEn écrivant cet article, je suis conscient que celui-ci n’enchantera pas les personnes qui ne supportent que très difficilement de lire qu’il existe en Chine bien plus de points positifs que certains médias ne le laissent croire. Il faut dire que ces médias, tout en se disant à l’écoute de la population, se cantonnent souvent à décortiquer les déclarations et actes gouvernementaux ou encore à traquer le moindre dérapage aussitôt amplifié et souvent déformé. Cette situation n’est pas sans me rappeler ce que me disait mon père sur l’état de la France en 1939 et, où il était périodiquement expliqué que les Allemands n’avaient aucune puissance militaire, que notre armée était largement supérieure et que le rempart ultime était notre infranchissable ligne Maginot. En 2009, ce sont certains médias qui sont devenus cette ligne fortifiée et qui ne laissent filtrer que ce qu’ils désirent, souvent pour capter un lectorat ou une audience que seules les mauvaises nouvelles venues de l’étranger peuvent rassurer.

Cela étant dit, venons-en au sujet de l’article que certains trouveront sans doute « tendance », mais qui ne fait une fois de plus que relater un fait réel.
Un des soucis majeurs qu’ont rencontré les Chinois durant des années a été celui des logements, ceux-ci étaient souvent vieux, non fonctionnels et de plus rares du fait du manque de terrain constructible, ce qui a toujours obligé les constructeurs à ériger des immeubles en hauteur pour palier au manque de surface au sol. Si la nette augmentation du niveau de vie a permis à une classe moyenne d’accéder à la propriété, souvent grâce à des prêts concédés à de très bas taux d’intérêts, il demeurait le problème des classes sociales plus modestes.
Ces personnes aux revenus souvent faibles ne pouvaient en effet prétendre qu’à des logements anciens, souvent délaissés par  les acquéreurs de logements neufs et qui du fait de leur vétusté s’avéraient parfois insalubres, du moins vus par les yeux d’un occidental, les Chinois se contentant souvent de ce qu’ils ont et non de ce qu’ils aimeraient avoir.

Comme vous le savez sans doute, le pays a privatisé une grande partie des entreprises, mais également des commerces autrefois propriété de l’état. Sur le montant de ces ventes, 50 % du résultat de la transaction est revenu directement à l’état, 25 % aux collectivités locales et les 25 % restant destinés à construire des logements sociaux. Je précise au passage que la valeur du stock vendu après la cessation d’activité a été répartie sur l’ensemble des employés, servant souvent ainsi à démarrer une activité en nom personnel.
Ces logements sociaux sont donc financés par ces fonds, avec bien souvent un complément bancaire garanti par les collectivités locales. Ce sont donc des millions de logements neufs qui ont été mis à disposition des plus démunis. Une fois la demande de logement faite, une commission municipale se rend chez le demandeur pour inspecter l’état du logement, mais également vérifier le montant des revenus. Une fois la demande acceptée, et en fonction des logements disponibles, un appartement est attribué à la famille. Pour des raisons de coût, ces constructions sont souvent dépourvues d’ascenseurs, aussi l’attribution des logements se fait en fonction de l’âge ou de l’état de santé des futurs occupants, réservant les premiers étages à des personnes âgées ou ayant un handicap physique.

Il n’existe pas en Chine de système d’aide au logement tel que nous le connaissons avec la Caisse d’Allocations familiales et un loyer même modeste, peut représenter une importante dépense, inenvisageable pour certains ; dans ce cas, il sera calculé la participation effective du futur occupant, le solde étant versé par un fond spécial géré par la municipalité. Le montant des loyers payé par les nouveaux locataires se situe, du moins ici, entre 150 et 200 RMB (15 à 20 euros), ce qui met ces logements à la portée d’un grand nombre. Les anciens logements sont ensuite démolis pour laisser la place à des constructions plus modernes et fonctionnelles, permettant ainsi à des classes plus fortunées d’accéder à leur tour à la propriété. Ce sont donc chaque année, de très nombreuses familles qui vont enfin pouvoir aménager dans un logement décent et cela à un coût modique.

Un des problèmes majeurs rencontrés pour la construction de ces logements sociaux est le manque de terrains disponibles, qui fait que les listes d’attente sont souvent longues, et que certaines personnes doivent attendre des années avant de pouvoir envisager de louer un de ces appartements. Cela est particulièrement vrai dans les zones rurales, où les terrains agricoles déjà rares font l’objet d’un système de plan d’occupation strict et où seuls des agriculteurs peuvent construire.

Afin de rassurer les détracteurs systématiques, mais également pour être objectif, il est nécessaire de mentionner certaines malversations qui font qu’un terrain préempté par une municipalité, et cela à bas coût, pour y construire des logements sociaux, va être détourné de son but premier sous la « pression » d’un groupe immobilier. Si ce phénomène existe encore, il est toutefois en nette diminution, les risques pour les responsables locaux allant de plusieurs années de prison à la peine de mort dans le cas de détournements d’envergure.

D’un point de vue strictement politique, une des choses à comprendre dans ce pays est que, si le pouvoir est entre les mains effectives du seul PCC, celui-ci se doit de satisfaire au mieux les aspirations de la population et montrer en permanence ses bons résultats, le contraire risquant de mécontenter une population bien moins soumise que certains ne le disent et dont les réactions, même si elles ne sont pas médiatisées au plan national ou international, peuvent être particulièrement violentes. Si le parti unique au pouvoir n’est pas soumis à la sanction d’un vote, il est par contre exposé en permanence au risque non négligeable d’un mécontentement, qui s’il remonte dans les hautes sphères nationales, a pour effet d’indisposer les responsables nationaux, désirant eux aussi conserver leurs prérogatives de pouvoir. Cela amène donc les élus locaux, et ce malgré certains dérapages, à une obligation de résultat qui est bien loin des promesses électorales que nous connaissons.

Contrairement à nous, les Chinois ne se font aucune grande illusion sur leurs responsables, mais par contre en attendent paradoxalement beaucoup, partant du principe que le peuple leur laisse le pouvoir et certains avantages sous la condition que leur vie quotidienne s’améliore et cela, de manière constante. Cette obligation de résultat vis-à-vis de la population vient s’ajouter au fait que le plan quinquennal, fixé à chaque division administrative, impose un objectif que les responsables se doivent d’atteindre sous peine d’être tout simplement remplacés.
Il est souvent fait état de façon moqueuse de la directive nationale visant à maintenir « l’harmonie sociale », mais dans les faits cette instruction se révèle assez positive, car ayant pour effet de mettre sous pression les responsables locaux qui, restant des êtres humains, auraient tendance à se reposer sur leurs lauriers.
Système idyllique ? Sûrement pas pour nous, mais sans doute plus proche de la culture Chinoise que nos systèmes occidentaux où le « tais-toi » imposé par le système de dictature est remplacé par le « cause toujours » que nous connaissons.

Cet article a également paru sur : France

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Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.