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Chine 2060 – Totale fiction (2)

En ce mois d’octobre 2060, la Chine n’est plus une nation, mais un patchwork de régions plus ou moins indépendantes, du moins économiquement. Les habitants des régions agricoles, autrefois les plus pauvres, ont placé des barrages sur tous les grands accès routiers et ferroviaires, empêchant ainsi le ravitaillement des zones côtières. À Shanghai, mais également dans toutes les grandes villes du pays, le prix du riz a été multiplié par 100 ; le marché noir s’est développé. Dès la nuit tombée, les plus démunis hantent les rues désertes en raison du couvre-feu, cherchant dans les rares poubelles de quoi se nourrir. L’aide alimentaire internationale qui a été octroyée depuis deux ans à ces grandes villes suffit tout juste à empêcher la famine, une bonne partie des vivres étant détournée au profit des responsables locaux qui en revendent une bonne part sur le marché parallèle. Cette misère des villes contraste avec l’opulence alimentaire dans laquelle vivent les zones productrices, la contrebande avec les régions autrefois riches rapportant bien plus que les anciennes aides gouvernementales.

Depuis quelques mois, des pourparlers sont en cours afin de créer une fédération des zones rurales du sud dont le but est de mettre en place un système d’échanges commerciaux. Une majorité des militaires ont rejoint les rangs des opposants au gouvernement, déçus des abandons des divers territoires autrefois Chinois comme le Tibet ou Taiwan. La faction restée fidèle aux démocrates est utilisée pour mener des raids souvent sanglants dans les campagnes, tentant de récupérer quelques stocks alimentaires qui sont ensuite ramenés dans les villes, et se trouvant ainsi opposée à l’autre partie de l’armée. Depuis cinq ans, les victimes se comptent par milliers, tant de mort violente que par la faim qui tenaille les citadins.

Si la communauté internationale est inquiète de cet affrontement qui dure maintenant depuis cinq ans, elle ne peut guère intervenir face à une opinion publique majoritairement hostile, lui reprochant d’être en partie à l’origine de ce chaos. Les étrangers sont depuis bien longtemps repartis, n’étant plus les bienvenus dans ce pays, et seules sont présentes quelques O.N.G humanitaires tentant de parer au plus urgent. Les Américains tentent bien de soutenir le gouvernement en place depuis leurs bases en Afghanistan, mais les fréquents incidents au Tibet monopolisent une bonne partie des forces militaires déployées dans ce pays. Après deux ans d’indépendance, et la promesse de rendre le pouvoir au peuple, les Tibétains se sont en effet retrouvés sous le diktat des anciens exilés, n’étant représentés au parlement que par quelques députés sans influence. Une majeure partie de la population s’en est d’abord prise aux responsables politiques, avant de reprocher aux religieux leur collaboration avec les nantis du pouvoir. De très nombreux paysans se sont réfugiés dans les montagnes, harcelant les troupes gouvernementales qui ont dû faire appel dans un premier temps aux Casques bleus de l’ONU avant que les forces US n’interviennent. Le Xinjiang voisin, en prenant fait et cause pour les résistants tibétains, est utilisé comme base arrière tant pour venir en aide aux dissidents afghans, toujours en guerre contre les forces occidentales, que pour les résistants himalayens. Taiwan pour sa part subit de plein fouet la récession mondiale, ayant de plus perdu en la Chine un de ses meilleurs clients, là également les affrontements sociaux y sont nombreux, la population se retrouvant privée d’approvisionnement alimentaire en provenance du continent.

Au Vietnam, le nord du pays soutient les aspirations des opposants au gouvernement, s’affrontant à nouveau à ses compatriotes de la partie sud. Devant cet état de fait, les pays de l’ASEAN ont déclaré une pure neutralité dans tous ces conflits, laissant aux Occidentaux le soin d’intervenir dans cette chienlit qui gagne peu à peu l’ensemble des pays d’Asie. Le Japon, s’il apporte son aide officieuse au gouvernement chinois sous la forme d’une aide financière, se garde bien d’officialiser sa position, ayant bien d’autres sources de préoccupations, et principalement celle de faire face là également à diverses pénuries causées par l’arrêt des exportations chinoises.

En Europe, les réunions sur le problème chinois se multiplient, mais restent comme par le passé au stade des intentions, la multiplication des membres ne permettant pas à cette communauté de ne faire entendre qu’une seule voix.

Ce que réclament aujourd’hui les régions dissidentes chinoises, c’est leur indépendance pure et simple, basée sur les limites des territoires actuels, et qui se regrouperaient sous un principe de fédération à but économique, chacun de ces états ayant son propre gouvernement politique. Cette fédéralisation sous forme de régions indépendantes, le gouvernement central ne veut pas en entendre parler, car selon lui cela créerait un déséquilibre économique trop important entre pays détenant la majorité des productions agricoles, et les autres qui, bien qu’industrialisés, subiraient le bon vouloir des premières en matière d’approvisionnement alimentaire. De son côté, la communauté internationale est majoritairement hostile à cette idée, préférant n’avoir qu’un seul interlocuteur, après avoir pourtant œuvré en sous-main pour la division de ce pays jugé trop dangereux par son importance démographique. Si la division est bien là, il semble que ce ne soit pas celle désirée, provoquant cette instabilité dont tous les pays pâtissent.

Parmi ces pays, un certain nombre avaient pourtant dans leurs livres d’histoire ce qu’un changement trop soudain de régime politique pouvait causer comme dégâts si la population n’est pas assise sur une base économique stable dans laquelle une majeure partie de la population s’est progressivement installée, se créant ainsi une sensation de confort étroitement liée aux décisions gouvernementales. La Chine n’est pas l’occident, et la liberté d’expression se fait de la façon dont chacun est formé à s’exprimer. Là où critiquer plus ou moins ouvertement les dirigeants au travers de médias dédiés suffit à une majeure partie de l’opinion occidentale, cette soupape de sécurité s’est avérée insuffisante face à des personnes dont la voix est mise en sourdine tour à tour d’abord par un système dictatorial , remplacé ensuite par un autre élitiste, où il est primordial de savoir s’exprimer au travers de phrases bien construites, faute d’être pris un tant soit peu au sérieux. Ce sont toutes ces personnes restées silencieuses pendant des décennies qui s’expriment aujourd’hui en Chine, reniant cette élite prometteuse en parole, mais incapable de la moindre action de terrain. Rédiger des textes reste en effet à la portée de n’importe qui ayant été éduqué, mais une fois au pouvoir, ces personnes demeurent bien souvent éloignées des aspirations populaires. Dans le cas Chinois, trop de promesses de part et d’autre dont bien peu ont été tenues, un modèle copié sur ceux existants, mais ne prenant pas en compte les particularismes d’un peuple dont une majorité a trop longtemps été écartée des grandes décisions le concernant, a fait échoué cet espoir par manque de préparation. Si cette mise à l’écart a été supportée du temps du précédent système de gestion, la vision du principe démocratique n’a su apporter la réponse qu’attendaient les Chinois, espérant bien plus une amélioration de leur niveau de vie, que le simple fait de pouvoir dire qu’ils étaient mécontents, même au travers d’un vote.

En 2060, la Chine n’existe plus, chose que désiraient certains, même si beaucoup regrettent ce qu’était ce pays avec ses qualités et ses défauts, mais qui avait alors le temps d’évoluer en assimilant progressivement une certaine quantité de progrès social. Ce temps, il ne lui a pas été donné, car à trop vouloir ressembler à ces grands frères, on finit par perdre sa propre identité, qui un jour ou l’autre ressurgit, et jamais quand l’on s’y attend.

Heureusement, tout cela n’est que fiction, l’être humain étant bien plus intelligent et perspicace que ce récit ne pourrait le laisser penser …

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  • Alain,
    Situation apocalyptique que tu décris dans ce futur.
    Content de voir que les Américains ont encore droit au chapitre. Moins de voir qu'ils sont encore en Afghanistan. :-))
    Personnellement, je suis pour plus de mondialisme que moins. Mais mieux maitrisé que cela a été fait et pas uniquement au bénéfice d'une minorité.
    Comme je l'ai dit ailleurs, c'est au moment où on a besoin de plus de voyages de par le monde, que les voyages sont entravés par une pénurie d'énergie.

    Quand j'ai entendu le problème soulevé en France par l'identité, je me suis dit qu'ils allaient dans le sens inverse de l'histoire dans un conservatisme idiot.

    En conclusion, on pourrait dire qu'il y a toujours 2 manières de vivre ou de survivre : "Dans un zoo, avec la sécurité du lendemain ou dans la jungle, dans lequel trouver sa nourriture sera toujours dans le domaine de l'incertitude.
    Faudra-t-il passer par la force pour le comprendre ou par la persuasion personnelle?
    Comme titrait Stiglitz pour son nouveau bouquin "Le triomphe de la cupidité".
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