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Bulle immobilière, les zones rurales aussi.

immoIl est souvent question de la bulle immobilière qui se développe en Chine ;  si ce phénomène est souvent relevé dans les grandes villes, il en est de même dans les zones rurales où le prix du mètre carré s’envole.
Si le prix moyen du m²  était de 1500 yuan il y a environ 3 ans, celui-ci avoisine aujourd’hui les 4000 sans pour cela que la demande de logements neufs soit à la baisse. Cette envolée des prix est due tout d’abord à une forte demande dans les zones rurales où de plus en plus de ménages voient leurs revenus augmenter et désirent habiter dans des logements plus spacieux et plus modernes. Autre raison, la spéculation, car beaucoup de Chinois pensent faire un bon placement en pensant éventuellement revendre leur logement dans quelques années  en réalisant une plus-value non négligeable. Les offres des promoteurs se révèlent également de plus en plus attrayantes en proposant des ensembles immobiliers nettement plus esthétiques qu’il y a quelques années et privilégie à présent les espaces verts et autres lieux de détente.

Une autre nouveauté de la part des vendeurs est de proposer des logements finis où les nouveaux propriétaires n’ont plus qu’à remplir le réfrigérateur et à allumer le dernier modèle de téléviseur lors de la prise de possession de leur appartement. Il faut en effet savoir que pendant fort longtemps, les logements étaient livrés « brut », c’est-à-dire sans aucune finition ou aménagement ce qui freinait un certain nombre de candidats à la propriété qui devaient prendre en charge la pose des carrelages et autres installations électriques. Les promoteurs proposent à présent un large choix de carrelages et d’appareil électroménager,  sur lesquels ils prennent bien entendu une confortable marge en négociant les prix auprès des grossistes.
Si la demande en logements est importante, la quantité de terrains disponibles est très limitée afin de ne pas empiéter sur les terres agricoles. Les communes disposent en effet de l’équivalent d’un plan d’occupation des sols que seuls peuvent modifier les élus locaux et toute demande de nouvelle construction doit passer par l’accord des responsables ce qui constitue une des raisons de l’augmentation des prix. Il existe bien entendu ici ou là des cas de corruption  où certains élus vont prendre au passage une commission sur l’attribution des terrains, mais du fait qu’il devient de plus en plus dangereux pour ces mêmes élus de se faire rétribuer de la sorte, il est courant que la contrepartie soit plus discrète ou du moins plus licite. La construction d’une salle des fêtes, d’un nouveau bâtiment administratif peut-être en effet une forme de « récompense », sans compter l’obligation de construire des aménagements qui bénéficieront à tous comme un stade ou des aires de jeux pour les enfants.
Les élus n’ont de toute façon pas beaucoup de choix, car en refusant la construction de nouveaux logements sur les terrains qu’ils attribuent, le seul résultat serait qu’une partie de la population migrerait vers des  villes plus « accueillantes ». Une ville bien aménagée et  proposant de nombreux logements est un point crucial pour faire venir ensuite des entreprises qui vont participer à l’essor de l’économie locale en apportant des revenus sous forme de taxes et en dynamisant le commerce local.
Les villes rurales des provinces reculées se voient dans l’obligation de rivaliser d’imagination pour qu’un certain nombre d’entreprises, souvent originaires de régions riches de la côte, viennent s’installer et créent ainsi les emplois que les habitants locaux allaient autrefois chercher à des milliers de kilomètres.

A l’heure actuelle, les seuls vrais gagnants de cette situation sont les promoteurs qui voient leur compte en banque gonfler rapidement et qui utilisent une partie de ces bénéfices pour acquérir d’autres terrains qu’ils vont payer de plus en plus cher, faisant de ce fait augmenter le prix du m².
Si pour l’instant cette bulle immobilière gonfle démesurément, la chute risque d’être brutale, car le jour où les banques vont prendre conscience que les nouveaux propriétaires dépensent bien plus au remboursement de leur habitation qu’à développer l’économie locale, un coup de frein brutal risque de plonger ces promoteurs vers des faillites retentissantes, leur laissant sur les bras des terrains achetés à prix d’or et dont les constructions se révèleront invendables faute de clients. La seule solution sera alors de vendre ces logements à bas prix pour limiter les pertes, faisant ainsi l’affaire de spéculateurs à la baisse qui pourront ainsi acheter en nombre des habitations à bas coût qu’ils pourront ensuite revendre quand la demande repartira.
Le gouvernement central est quant à lui pris entre deux feux dont l’un est celui de maintenir un taux de développement important pour combler la perte due à la baisse des exportations vers les pays occidentaux et l’autre, qui est celui de veiller à ce que les nouvelles constructions restent accessibles au plus grand nombre possible d’acquéreurs . Des taux de crédit trop bas contribuent à la spéculation entretenue par les promoteurs, mais d’un autre côté une trop forte hausse de ces taux risque de ruiner les espérances d’accession  à la propriété et amplifier le mécontentement d’une partie de la population qui pourrait se retourner contre ce même gouvernement qui s’attache depuis des années à un certain ordre social qu’il veut harmonieux.

Une équation difficile à résoudre pour un pays qui veut rapidement rattraper son retard face à d’autres nations qui par le passé ont emprunté les mêmes systèmes spéculatifs et qui nous ont donné la crise financière que nous connaissons actuellement. Si la Chine représente un défi aux yeux du monde, elle est elle-même confrontée à un certain nombre d’ambigüités qu’il est bien plus facile de critiquer que de résoudre et la gestion de l’immobilier est un de ces nombreux défis auquel les dirigeants doivent trouver une réponse rapide pour éviter une explosion sociale.

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