Le monde vu de Chine

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Bingounette au pays des pruneaux


motoS’adapter à un pays comme la Chine lorsque l’on a baigné durant 50 ans dans une des cultures occidentales des plus marquées n’est pas toujours facile. L’inverse est également vrai, même si les Chinois arrivent en France avec des idées souvent plus positives que l’expatrié débarquant à Guangzhou, Shanghai ou Pékin. Il y a cinq ans, mon épouse a effectué sa première visite dans l’hexagone. Trois mois pour lui donner un aperçu de mon pays natal c’est peu, mais devait lui permettre de se faire une petite idée des différences culturelles et de vie en général.

Si son vrai prénom est Bing, le surnom de Bingounette lui donne une couleur plus française, même si tant les apparences que son caractère ne laissent que peu de doutes sur son origine. En ce mois de mai, nous quittons donc la Chine pour trois mois et vous pour plusieurs articles. Comme beaucoup de Chinois, Bingounette n’a jamais quitté sa région natale et prend donc l’avion pour la première fois. Bien qu’ayant préparé ce voyage depuis plusieurs mois, ce n’est pas sans une certaine appréhension que je l’envisage. Si je sais qu’en France l’accueil sera des plus chaleureux, ce sont les 12 heures de vol qui m’inquiètent le plus. Un autre point est la nourriture, mon épouse étant restée très traditionnelle dans son mode d’alimentation. C’est par conséquent une bonne trentaine de fois que je lui ai expliqué de ne pas se forcer à manger quelque chose qu’elle n’aimerait pas et que personne ne lui en ferait la moindre remarque.

Arrivés à Hong Kong sans encombre, nous prenons ensuite le train rapide qui nous amène à l’aéroport. Nous sommes toujours en Chine donc tout va bien puisqu’elle peut se faire comprendre et reste maître de la situation, chose très importante pour les Chinois en général et pour elle en particulier. Après l’attente habituelle en salle d’embarquement, il est temps de monter à bord de l’Airbus qui doit nous amener à Paris et de là à Toulouse. Bingounette prend sa place près d’un hublot et me surprend quelque peu par son apparente décontraction. Quiconque qui la verrait ainsi à l’aise penserait qu’il s’agit d’une habituée des vols de longue durée, alors qu’il s’agit d’une première, le mot baptême étant difficile à employer en Chine. Cette attitude sereine est-elle réelle ou cache-t-elle une plus ou moins légère peur, j’attends avec impatience le moment du décollage qui est souvent celui le plus impressionnant. L’avion roule vers sa piste d’envol, les réacteurs prennent de la puissance et l’appareil s’élance. Les roues quittent le sol sans pour cela provoquer chez mon épouse la moindre frayeur, pas plus que la montée en altitude. Une fois les ceintures détachées, je lui pose tout de même la question :

- Ça va, tu n’as pas eu peur au décollage ?

- Non pas du tout. Ce n’est pas un avion chinois, donc je ne risque rien.

Cette réponse d’un antinationalisme notoire précède un grand sourire, non pas parce que fière de celle-ci, mais parce qu’elle vient d’apercevoir les chariots contenant le premier repas. Le vol se poursuit sans encombre en dehors des remarques de mon épouse sur le comportement bruyant des passagers chinois, ce qui est vrai, mais que je m’étais fait un honneur d’ignorer.

La nuit se terminant le jour se lève, ce qui est le cas partout dans le monde. Moi qui m’attendais à une logique appréhension de sa part, mon épouse réagit de la même manière que lorsque nous prenons le bus pour Nanning. En survolant un immense désert, elle me dit :

- Pourquoi n’avancons-nous pas plus vite ?

Tout en lui montrant l’écran où s’affiche la vitesse, je lui précise que nous volons tout de même à 900 km/h ce à quoi elle me répond :

- Le compteur il doit être Chinois lui. Il est faux.

Il est 10 heures du matin lorsque l’avion effectue ses premières manœuvres d’approche et les premiers paysages français succèdent à ceux de l’Allemagne. Aussitôt passée la frontière, ma femme a trouvé que c’était très beau, sans doute au nom d’un chauvinisme franco-chinois naissant. Quelques minutes plus tard, l’avion atterrit et si Bingounette est heureuse de fouler le sol français, je le suis également, mais d’avoir passé cette première étape qu’en fait j’ai été le seul à craindre.

À l’approche des guichets de la douane, je ressens toutefois une tension de sa part :

- Qu’est-ce qu’il y a ? 

- Si le douanier me demande quelque chose ? 

- Que veux-tu qu’il te demande ? Et puis, je suis juste derrière toi.

Le problème était donc celui-ci, soit qu’on lui pose une question qu’elle ne comprendrait pas, ce qui la mettrait mal à l’aise. Le douanier ne demande bien évidemment rien, se contentant de jeter un rapide coup d’œil au propriétaire du passeport qu’il tient dans les mains. Je repère le guichet Vol Easyjet et y récupère nos billets en quelques instants. Une heure de battement permet à Bingounette d’assimiler le décalage horaire dans un des restaurants de l’aéroport. Après sursauté en voyant les prix affichés pour seulement deux œufs, c’est sans réel appétit qu’elle les avale après m’avoir expliqué que la somme ainsi dépensée lui permettait de nous nourrir durant plusieurs jours au rythme de 3 repas quotidiens. Tout en me gardant de lui dire qu’elle va devoir s’habituer à des prix bien plus élevés qu’en Chine, je lui précise tout de même que les tarifs appliqués dans les aéroports sont toujours supérieurs ce qui ne la convainc pas outre mesure.

Il est l’heure d’embarquer et nous montons une fois de plus à bord d’un Airbus, même si cet A319 est de taille plus réduite que celui qui nous a transportés depuis Hong Kong. À peine 1h30 mn plus tard, l’avion atterrit à Toulouse, ma femme ne regrettant que la légère collation offerte durant le vol. Une amie nous attend dans le hall et nous prenons la route pour mon Lot-et-Garonne natal, pays du pruneau.

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Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.