Le monde vu de Chine

.

Bientôt de vrais Franco-Chinois ?


nationalitéLa Chine est un des pays à ne pas reconnaître la double nationalité. Si l’on est par conséquent Chinois, on ne peut prétendre à une autre nationalité, du moins sur le continent. La loi prévoit même qu’un chinois résidant durablement à l’étranger perd sa nationalité, ce qui n’a pas gêné grand monde durant une longue période. Pour les autorités l’avantage était en effet de se débarrasser d’une personne souvent considérée comme sans grand intérêt pour le pays, et pour l’intéressé de pouvoir plus facilement prétendre à devenir un citoyen à part entière du pays d’accueil.

Les époques changent et les pays autrefois considérés comme des eldorados perdent peu à peu leur intérêt. Dans le même temps, le pays d’origine peut se montrer intéressé par un de ces plus ou moins jeunes talents ayant fait ses études et travaillés dans un pays. Cela est d’autant plus vrai que la Chine manque encore de ces personnes expérimentées dans des domaines particuliers. Pour les faire revenir il faut donc tant des offres alléchantes financièrement que la possibilité d’être considéré comme un chinois à part entière et non entièrement à part.

C’est pour tenter de résoudre ce problème que plusieurs commissions travaillent actuellement sur ce qui n’est encore qu’un projet, mais pourrait à plus ou moins long terme modifier la législation concernant la double nationalité. Il n’est toutefois nullement question pour un étranger de devenir Chinois tout en gardant sa nationalité d’originelle. Si acquérir seulement cette nationalité se révèle quasi impossible malgré une procédure apparemment des plus simples, le projet concerne les seuls Chinois d’origine. Ceux-ci pourraient ainsi conserver leur nationalité d’origine tout en bénéficiant des avantages octroyés aux citoyens d’autres pays, le tout en espoir d’un retour futur au bercail.

Il s’agirait donc avant tout d’une possibilité des plus sélectives que l’on peut assimiler au slogan d’une « Immigration choisie », mais sous une autre forme. Les défenseurs de cette mesure ont beau être de plus en plus nombreux et forts de puissants arguments économiques, ils se heurtent tant à une partie de l’opinion publique Chinoise qu’à certains responsables politiques pour qui ce projet est impensable pour des raisons de patriotisme plus moins exacerbé. Oubliant souvent que de très nombreux chefs d’entreprises de hauts rangs et dirigeants du pays n’ont pas hésité à contourner sans trop de remords cette notion quelque peu dépassée, ils mettent en avant qu’un chinois ne peut être un bon citoyen s’il détient une double nationalité.

Ce débat qui dure depuis des décennies n’est donc pas près de trouver une solution du moins rapidement, sauf si les plus hauts responsables du gouvernement en décident autrement. Restera alors à décider de manière plus ou moins subjective quels seront les heureux élus, ce qui demandera une rigueur restant elle aussi à inventer. Dans un pays où tout s’achète et tout se vend, le mérite risque de devenir une marchandise comme une autre, soit faisant l’objet de nombreux passe-droits et autres contournements. Si une telle mesure voyait le jour, ce serait également l’occasion de la création d’une origine à deux vitesses, ce qui ne ferait qu’aggraver une situation déjà existante avec le système du hukou. Migrants dans le Guangdong, migrants en France ou ailleurs, mais Chinois tout de même, l’équation ne sera pas facile à résoudre.

Publié par le .



Albié Alain

Vit non pas dans une mégapole pleine d'expatriés, mais dans un village plein de Chinois. Pour le reste faut-il être diplômé pour comprendre le monde, chacun sa réponse en fonction de ses propres diplômes. La publication d'extraits de cet article est autorisée sous réserve qu'un lien renvoie vers l'original.